Bovins : la race Bleue de Bazougers

Race rustique bovine française ancienne, elle a aujourdhui l’effectif le plus faible (mises à part celles déjà disparues…) : en janvier 2007, 7 vaches (dont 4 clones) et 1 taureau produit par l’insémination d’un clone de sa grand-mère par le sperme d’un arrière grand-oncle…

Melchior, dernier représentant mâle “naturel” de la race de Bazougers, abattu en 1999…

    Dénomination

Nom français : Bleue de Bazougers.
Nom international : Bazougers.
Autres noms : Bazougers, Noire de Bazougers.

    Données sur la race

Type : race à viande (auparavant…).
Code type racial : non attribué.
Origine : à l’origine, la race de Bazougers, un petit bourg situé à une vingtaine de km au sud-est de Laval, en Mayenne, serait issue de bovins de race Fribourgeoise importés de Suisse vers 1780 par des grands propriétaires terriens du Maine, de l’Anjou et de Touraine : le duc de Choiseul en possédait, en 1787, un troupeau d’environ 120 têtes dans sa propriété de Chanteloup, au bord de la Loire. Ces bêtes ont ensuite été croisées, entre 1820 et 1920, avec des animaux français de race Mancelle et, entre 1852 et 1890,avec des animaux anglais de race Durham puis enfin avec des bêtes françaises de race Maine Anjou, entre 1950 et 1990. Il en existait environ 1.200 individus à la fin du XXème siècle mais la race n’était guère diffusée en dehors des environs de Bazougers, ainsi qu’au sud de la Mayenne et dans le Maine-et-Loire… mais elle y subissait une rude concurrence avec les élevages de croisements de vaches mancelles avec des taureaux Dhuram qui donnèrent naissance aux Dhuram-Mancelles à l’origine puis à la race actuelle Maine Anjou. La race de Bazougers connût cependant son apogée vers 1950 où ses qualités commencèrent à être connues en dehors de sa région de prédilection… Malheureusement, un inspecteur général de l’agriculture, Edmond Quittet, réussit à convaincre les autorités agricoles et politiques françaises, au sortir de la guerre de 1939-1945, que l’agriculture de notre pays devait se moderniser par différentes mesures telles que le remembrement, l’arrachage des haies et l’augmentation de la productivité par l’abandon de l’élevage d’un grand nombre de races de bovins, équins, porcins, ovins, caprins, volailles et lapins, au motif qu’elles étaient moins rentables que d’autres… Selon Edmond Quittet, il suffisait ainsi d’une ou deux races de bovins laitiers et deux ou trois races de bovins à viande pour que l’élevage français soit florissant et puisse nourrir la France.. de manière durable certainement… Conséquence, la race Bazougers, race locale sans livre généalogique à l’époque, eût beaucoup de mal à défendre sa cause et fût l’une des victimes de l’holocauste bovin inspiré par Edmond Quittet (par contre, ceux qui portent le même patronyme que lui – sa descendance ? -prospèrent avec la publication de nombreux livres qu’ils publient régulièrement sur les races animales domestiques françaises, bovins, ovins, chiens…) : pour ce qui est des Bazougers, le dernier taureau, Melchior, fût abattu en 1999, laissant seules trois femelles de la race sans portée… Mais des scientifiques qui s’étaient intéressés à la race dès les années 1970 réussirent à mettre au congélateur 2.000 doses de spermes de Melchior avant que celui-ci ne s’éteigne… L’une des trois femelles, Aurore, s’éteignit un an plus tard, le 10 décembre 2000, à l’age de 17 ans : dès le 11 décembre, les scientifiques prélevèrent ses ovaires post-mortem pour une tentative de fécondation in-vitro avec le sperme de Melchior : ce fût un échec… Mais ils prélevèrent aussi ce jour-là de la peau des oreilles d’Aurore pour la mettre en culture biopsique à l’INRA, à Jouy-en-Josas, et procédèrent entre janvier et mai 2001 à 5 essais de clonages « somatiques », technique employée 4 ans auparavant pour donner naissance au clone brebis Dolly et transplantèrent les embryons de Bazougers ainsi clonés dans 25 mères porteuses… Une des tentatives fût couronnée de succès et une belle petite clone d’Aurore, Aurore B., naquit ainsi le 24 janvier 2002 ! En avril 2004, à 27 mois, Aurore B. fût inséminée avec le sperme de Melchior et donna naissance le 21 janvier 2005, à l’âge de presque 3 ans à deux veaux : Augure, un mâle et Aurifère une femelle ! En vertu du moratoire sur les reproductions de clones, Augure ne pouvait pas reproduire mais, par contre, à partir de décembre 2006, sa semence a commencé à être récoltée et cryogénée comme celle de son aïeul Melchior… Aurifère de son côté a donné naissance par « auto-clonage » à trois veaux, femelles évidemment, en janvier 2007… Début 2007, la race Bazougers se retrouvait ainsi avec 7 femelles, les deux soeurs d’Aurore, toujours vivantes, Aurore B., le clone d’Aurore, sa fille Aurifère et ses trois filles clones, ainsi que le mâle Augure frère d’Aurifère, interdit de reproduction, ainsi que sa semence et celle de son « grand-père » cryogénées…
Le livre généalogique n’est donc pas trop difficile à tenir à jour à ce jour…
Aurore vers l’âge de 15 ans……et Aurore B, son clone post-mortem, à environ 1 an. C’est tout le portrait de sa maman, non ?

-

Livre généalogique : oui, créé en 1998 (un peu tard…).
Apport d’autres races : voir origines de la race…
Diffusion outre France : aucune…
La race laitière suisse Fribourgeoise à l’origine lointaine de la race de Bazougers a par contre disparu de Suisse, supplantée par la Hostein, à la suite d’une politique helvète comparable à celle prônée en France par Edmond Quillet : la race Fribourgeoise s’est éteinte avec son dernier mâle en 1975 sans que nos voisins puissent conserver ce qu’il est nécessaire d’avoir aujourd’hui pour espérer redémarrer tant bien que mal une filiation de la race… Un espoir tout récent cependant : le 9 février 2008, le journal « La Liberté » de Fribourg a annoncé que Roger Pasquier, un coopérant international retraité, passionné d’histoire et auteur d’un livre sur les émigrants fribourgeois en Patagonie, venait de trouver lors de son dernier voyage au Chili dans la région de Punta Arenas, dans 4 élevages distincts, des bovins ressemblant comme 2 gouttes d’eau aux Fribourgeoises qu’il avait connu dans sa jeunesse et qui étaient probablement la descendance de la douzaine d’animeaux de race Fribourgeoise qui avaient été importés du village de Blessens en Suisse dans les années 1930 par un éleveur fribourgeois lui-même émigré au Chili !
Reconnaissance par le Ministère français en charge de l’Agriculture : oui, en tant que race locale à petits effectifs (on peut même dire très très petits…).
Considérée par la FAO comme : race spécialisée.
Maintien et protection : considérée comme maintenue…
Organisme responsable de la race : Aucun mais en tant qu’espèce bovine à effectifs réduits, l’Institut de l’Élevage – 149 rue de Bercy – 75012 en assure le suivi.

    Répartition et cheptel

Répartition géographique : voir ci-dessus.
Adaptation climatique : rustique.
Cheptel français : début 2007, 7 femelles (dont 4 clones) et 1 mâle (aux dernières nouvelles – information 2008 de l’INRA glanée sur internet-, Augure aurait été euthanasié, conformément aux clauses du moratoire sur les individus clonés, et Aurore B. aurait donné naissance à son troisième veau, à partir de la semence de Melchior).

    Morphologie et stature

Aspect général : animal d’assez grande taille, plutôt longiligne et bas sur pattes, et au profil dorsal rectiligne.
Hauteur au garrot à l’âge adulte : environ 150 cm pour le mâle et 140 cm pour la femelle.
Poids à l’âge adulte : environ 1.200 kg pour le mâle et 800 kg pour la femelle.

Aurore B et son fils Augure… Source photographique, C. Richard, INRA.

    Aspect

Robe : pie bleu ou noire avec a minima, la base du poitrail, le ventre, l’arrête du bas du dos, l’intérieur et le bas des pattes et l’extrémité et le toupet de la queue blanches
Peau et muqueuses : peau grise et muqueuses foncées.
Tête : légère et bien proportionnée au profil concave, avec de bonnes joues et des oreilles bien proportionnées, un front plat décoré d’un coeur blanc chez les derniers représentants naturels (Melchior, Aurore et leurs descendants et descendantes posthumes) un mufle large sombre auréolée de poils plus clairs ainsi que des lunettes claires autour des yeux.
Cornes : cornes en croissant, courtes et horizontales, blanches à la base et plus foncées à l’extrémité.
Membres : membres courts et massifs avec une ossature apparemment solide et des onglons clairs ou chamois.
Queue : de longueur moyenne et tombant perpendiculairement, avec une attache nette située haut dans le bas du dos.

    Ses qualités

Ce fût la race à viande préférée des métayers du sud de la Mayenne et du Maine-et-Loire avant d’être supplantée par la Maine Anjou, sa rivale…
Qualités bouchères : certains les ont appréciées…
Qualités laitières : …
Qualités reproductrices : …
Autres qualités : valeur patrimoniale d’une race locale rustique que l’emploi de techniques biologiques de mise au point récentes a permis de sauver (?) in extremis d’une disparition complète en l’espace de 30 à 40 ans…

    Pour en savoir plus…

- Présentation de la race Bazougers par Laurent Avon de l’Institut de l’Elevage, septembre 2008.
- La page de données sur la race Bleue de Bazougers du Bureau de Recherches Génétiques, organisme gouvernemental français.
- La cryobanque face aux évolutions des biotechnologies : Conserver des cellulles en vue du clonage ? présentation de Jean-Paul Renard, INRA, décembre 2006.

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11 réponses à “Bovins : la race Bleue de Bazougers”

  1. Félicitations a cet article très complet! Pour avoir travailler sur la ferme ou est élevée Aurore, je confirme que cette race possède encore de réelles qualités de rusticité et de facilités de croissance. A l’heure où le consommateur manque de repères, il convient de re-travailler la race. J’espère que je ne suis pas le seul agriculteur a vouloir ce défi!

  2. Merci Mic !
    :D
    Je suis vraiment touché par les félicitations de quelqu’un qui a connu Aurore…
    Et tous mes encouragements pour que tu réussisses à relever ton défi pour le bénéfice de chacun !

  3. J’ai une très bonne nouvelle a t’annoncer René, ainsi qu’aux futurs passionnés de la belle bleue. En effet, cet article très complet est enrichi de l’arrivée sur le marché des semences d’insémination artificielle d’un nouveau taureau bleue de bazougers! Sa robe est pie noire et c’est un fils de Melchior et d’une vache non clonée couleur pie noire. Il s’agit de Valeureux né le 1 mars 2004. Sa semence est disponible a CREAVIA_ URCO.

  4. EL FAIDI IMAD le 3 mars 2009 à 15:01

    Bonjour a tous,

    je suis un jeune eleveur marocaine, j’aimerai bien recevoir des document sur cette la races, et aussi la possibilité de l’adaptation de cette dernière.

  5. Pour El Faidi Imad : Pour obtenir ces renseignements, contacter :
    A. CHEVALLIER
    GENOE-URCQ
    La Futaie
    72700 ROUILLON
    tél. : 02.43.52.19.17
    mail : a.chevallier@genoe.fr

    ou

    Laurent AVON
    Institut de l’élevage
    149 rue de Bercy
    75595 PARIS CEDEX 12
    tél. : 01.40.04.52.06
    e-mail : laurent.avon@inst-elevage.asso.fr

    Cf. « Race de Bazougers : présentation et mise à jour 2008″.

  6. pour les sauver je propose de les envoyer en nouvelle Zélande par exemple ou la reproduction des animaux clonés est autorisée

  7. Bonjour,
    j’aimerais savoir s’il existe encore des bazougers à l’heure d’aujourd’hui (mis à part à l’IA) et si je peux avoir les coordonnées du destinataire du premier message « mic », je voudrais savoir s’il a réussi et qu’il n’est pas le seule à vouloir si donner et à essayer, c’est en projet pour ma part!!!! j’attends vite une réponse s’il vous plait!

  8. Vanessa Pally le 26 décembre 2015 à 01:31

    Aurore est morte. A-t-on pu préléver de cellules pour la recloner?

  9. Bonjour a tous, aujourd’hui en France il n’existe que deux jeunes mâles de la race Bazouger. Pour avoir eu la chance de les voir ils sont plutôt paisible, l’objectif est de récolter leur semences il sera évidemment très difficile de relancer la race mais l’intérêt et de conserver le patrimoine génétique.

  10. Bonjour, je connais une vache bazougers chez un grand pere celle ci presente deux tiers des caracteristiques de la bazougers.Que puis je faire pour la sauver(obtetenir de la semence)

  11. Bonjours gaultier se que tu peut faire c’est te renseigner auprès de l’éleveur pour en savoir plus sur les origines de la vache et si elles sont liés de prés ou de loin a la bleue de bazougers soit il faut contacter l’ INRA soit trouver un passionné qui pourrai la faire se reproduire et entrer en contacte avec d’autre éleveur ( moi si m’interesse beaucoup de la récupérer) voila se que tu peut faire.

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